 | |  |
|
| |
mai 27th, 2008
J’ai appelé Claire. La bonne copine les soirs de solitude. Parce qu’il n’y avait rien d’autres à faire. La sylphide m’obsède tout le temps. Je ferme les yeux et je vois ses cheveux, je prends le métro et elle est là à travers toutes celles du matin, de l’après midi, du soir.
Alors Claire, bonne chaire, bonne pâte, bonne à tout. Son rire m’a accueilli au téléphone. Salvateur d’une journée grise. Elle m’a sorti de ma torpeur. J’étais glacé, elle allait me réchauffer.
18h30. Il tombe des trombes d’eau. Le ciel s’offusque de zébrures, je cours, je me prends les flaques. Je croise une silhouette furtive, des cheveux me balayent le visage. Un parfum me caresse. L’infinitésimale instant. Comme une touche pause qui n’empêche pas la pluie mais me retient d’avancer. Plus rien, plus personne. Autour de moi ça court. Je suis comme un con, dégoulinant de flotte.
Claire est là. Dans l’obscurité de ma cage d’ascenseur. Je cligne des yeux : elle est gracile presque légère. J’ai un vertige et si c’était elle ? Sa main accompagne la mienne sur ma poignée de porte. Douce, fluide.
Elle pose son manteau, je la regarde. Claire, source de soupirs. Source de moments où tout est permis.
Je lui rends son manteau. Regard interrogateur.
Ce soir, je ne peux pas.
mai 24th, 2008
- - Dis le que je ne t’ai pas baisé !
Les mains enserrent le cou, comprimant toute arrivée d’air. La femme suffoque. Plaquée contre le mur, elle se débat, essaye de dégager son cou.
- - Je…
- Alors tu dis quoi ? Dis le que je ne t’ai jamais baisé !
Une de ses mains arrive à agripper l’étau lui permettant d’aspirer un filet d’air. Nous sommes là à les regarder. Le bourreau et sa cible.
- - Je… Je ne vous connais pas !
- - Dis…
Le bourreau regarde d’un air hagard la femme face à lui, il se rend compte que ce n’est pas celle qui… Il ramasse sa mallette de travail, contemple la station de métro, les derniers voyageurs du soir, bafouille une excuse et s’en va.
La cible s’accroupit pour retrouver son souffle, se masse le cou. Son teint est livide, elle se relève, tourne sur elle-même. Des larmes plein les yeux, elle regarde le panneau d’affichage annonçant l’arrivée imminente d’un métro. Elle s’avance en titubant vers le bord.
De la foule des badauds sort une femme. Le métro annonce son arrivée en quai. La femme pousse la cible. Celle-ci tombe sur les rails.
Le métro est arrivé.
Une goutte de sang a giclé sur ma cravate. Je serais bon à la jeter.
mai 23rd, 2008
Je l’ai vu. Ou du moins revu. La nuque penchée, un chignon mal fait, des mèches brunes. Elle lisait. Le monde n’existait plus autour d’elle.
Je me suis assis. La gorge nouée. Ma station arrivait, elle a levé les yeux. J’y ai croisé un regard bleu. Acier.
Je suis parti.
mai 19th, 2008
Je suis parti ce matin vêtu comme un corbeau. L’uniforme de tous les jours, où il fait bon de ne pas déroger à la règle. J’ai rejoins la file des gens endeuillés. En glissant la main dans une de mes poches j’y ai trouvé un briquet. Objet incongru. Notre société réprouve et condamne la consommation de toutes drogues non prescrites.
8h00. La sylphide n’est pas là. Les autres si. Nous sommes entassés comme chaque jour à fuir les regards que l’on pourrait croiser. Le but de cet exercice est de fixer un point imaginaire et s’y accrocher. Prendre cet air absent et vide d’âme. A l’usage on s’y fait et c’est devenu confortable.
Je dois abattre mes 8h05 de travail quotidien. Il n’y a pas d’horaires variables, les heures supplémentaires sont interdites. Nous devons travailler. Si nous ne faisons pas cet horaire, notre assiduité relative se corrige à raison de taser pour chaque minute où nous nous sommes allés à rêver, à ne rien faire. Un coup de taser pour une minute. Le deal a été accepté. Nous n’avons pas besoin de réfléchir puisque nos dirigeants le font pour nous. L’amélioration de la productivité a été corrigée, contrôlée et approuvée : nous n’avons plus qu’à appliquer.
18h25. La femme de ménage vient de rentrer. Petite et menue, elle s’active comme elle peut entre les rayons d’ordinateurs. Nous ne sommes plus que tous les deux. Je me dépêche de pointer. Je n’ai pas le droit de rester une minute de plus à travailler. Elle porte le pendant des voyantes.
- Tu es voyante ?
- Oui monsieur
- Tu peux me prédire l’avenir ?
- Oui monsieur
Elle baisse le regard. Elle n’a que le droit de voir le sol et non celui qui a un rang de plus qu’elle. C’est ainsi.
Cela coûte combien ?
215 roupeuros monsieur.
Sais tu que si tu ne me prédis pas ce que je veux je suis en droit de te tuer ?
Oui monsieur.
Je lui prends doucement la main et aussi doucement j’y glisse la monnaie. Elle me regarde d’un air terrifiée. Sa main s’est refermée sur les 215 roupeuros.
Monsieur veut savoir s’il reverra la sylphide ?
Je suis saisi. Jusque là je n’en avais jamais fait mention. Un peu par peur, un peu par suspicion. J’ai pris ma mallette. Je me suis avancé et dans un chuchotement je l’ai invité à reprendre son travail avant que son taser ne fasse office.
Elle avait oublié de ranger un coupe-papier. Je l’ai pris et mû par une inspiration, j’ai commencé à le lui planter avec toute la hargne dont j’étais capable. Un soubresaut, puis un autre, le sang commençait à affluer jusqu’à former une jolie mare.
L’autre femme de ménage n’aurait qu’à nettoyer demain matin avant l’arrivée des autres. Ce n’était qu’une voyante.
J’ai rejoins la file des endeuillés, à nouveau les regards ont joué à s’échapper. Je respirais mal il me fallait quelque chose à me raccrocher.
Je l’ai trouvé dans la présence du briquet. Il était rouge comme une bouée de sauvetage.
mai 14th, 2008
J’ai posé mon livre, contemplé le plafond, espérant y voir une araignée en guise de salut de ma folie. “L’amour ne dure que trois ans”, le livre est devenu occulte, son écrivain fusillé sur le Champ de Mars, et moi me masturbant.
Le lendemain, j’ai pris le métro de 8h10, m’appliquant à être pile à l’heure où je l’avais vu. Rien. Enfin si, tous les autres mais pas elle.
Je me suis senti con.
mai 13th, 2008
Je hais ta peau, ce grain particulier douloureux et lisse qui semble fondre au contact de ma main. Je voudrais te posséder, voir tes yeux se poser sur moi et ton sourire s’esquisser. J’enfouis mon visage dans ta tignasse, je m’électrise de ce parfum, ton cœur tape. Tes mains ont lutté puis ont abandonné la partie, elles me griffent le dos… J’ai mal et j’aime.
Je t’imagine seule. Terriblement seule, avec pour compagnie tes regrets de n’avoir pas su… Et je te vois nue offerte sur ce lit. Comme une fille que l’on voudrait aimer mais qui ne reste qu’un de ces plans culs dont tous se gargarisent d’avoir pu tirer… Je vois tes mains aux ongles rongés, cette voix au fil tenu un brin attirante. On voudrait te prendre dans des bras, t’attirer pour te protéger. Mais de qui et de quoi ? A part de toi. Tu vois que tu ne sais plus aimer à confier ton corps comme on confie des clefs de bagnole.
Je passe ma nuit avec toi, à mêler mes jambes aux tiennes, à saisir ton visage pour y scruter tes yeux. Les élans se succèdent aux assauts, ce n’est pas une guerre et pourtant nous n’en sommes pas loin. On roule dans les draps, transpiration, excitation, un dernier coup de reins : je jouis.
Le réveil affiche 3h30. Saleté de rêve qui me laisse la bouche pâteuse.
mai 11th, 2008
Les stations de métro ont été rebaptisées. Elles ont pris les noms d’assassins célèbres. C’est comme ça c’est Gangstapanama. Au petit matin, les rues sont désertes, les rideaux des boutiques tirés, il ne manquerait plus qu’une musique d’Ennio Morricone et l’affaire est dans le sac.
La banlieue n’est plus de sortie puisqu’elle a pris place. La boulangère a désormais non plus une sonnette d’alarme sous son comptoir, juste un 22 long Rifle prêt à vous accueillir au cas où il vous manque de la monnaie. Et pendant ce temps là, je cherche la sylphide.
Notre première rencontre a eu lieu à la station Guy Georges. Elle était là, grande fine portant des talons l’élevant un peu plus haut que les autres. Son petit cul à faire bander un moine ondulait au gré de ses pas. Personne ne faisait attention à elle, et elle ne faisait attention à personne. Ses yeux dans ses nuages face à la photo de l’assassin qui orne la station. Un éloge y est fait. Je la regardais se prendre une contenance, s’essayait à se mouvoir dans la masse du petit matin où les voyageurs sont encore abrutis de leur sommeil.
Elle a regardé le premier métro où la populace s’engloutissait s’écrasant contre les fenêtres. Elle s’est rassise. Ses grands yeux bleus scrutant chaque détail qui passait devant elle. J’étais là ma mallette à la main en petit costume de cadre supérieur à ne plus savoir quoi faire. Prendre ce métro, aller vers elle ? Un moment elle m’a fixé. Je suis parti. J’ai regardé son visage s’effacer peu à peu.
18H. Information du soir : sur la ligne 666, le corps d’une jeune femme a été découvert. Premier constat : une carotide tranchée. On ne connaît pas encore l’identité de la victime.
mai 9th, 2008
A rester là à réfléchir. Gymnastique de l’esprit aussi inutile qu’infantile, on n’y arrive pas. Ça tourne trop et de travers. A s’imaginer des choses, on vire parano, suspicieux d’un monde qui nous entoure.
Je veux des morsures. Et si on se faisait un cinéma à la Klapisch, un peu rétro un peu kitsch… Avec des héros défaits de tout espoirs d’amour aussi incertains qu’attachants. Et si ? Et si on se taisait pour faire place à… ? Rien ? Coiffe tes cheveux. Ils sont emmêlés.
Il est là à demander ce que tu veux, ce que tu attends… Toi ? Tu fuis le regard inquisiteur, tu essaies de te concentrer sur un coton tige aussi bizarrement là qu’il n’est pas à sa place. Ne te laisse pas faire. Il est toujours là à attendre une réponse. Qu’est ce que tu veux ? Mais dis ce que tu veux !
La réponse s’échappe tel un souffle, un peu confuse, trop basse pour être entendue. Hein ? Qu’est ce que t’as dit ? Le regard sonde, toujours aussi inquisiteur, attend la redite. Alors ? Tu te fais incertaine. Klapisch, je te rappelle. Du bonheur. Cette fois c’est un peu plus fort. On a tous compris. Le coton tige et le regard sont contents d’avoir enfin pu entendre ce que tu soupirais.
Si c’est du bonheur, fabrique le toi, organise le. C’est une gymnastique je te rappelle. A trop jouer à l’effrontée, l’affranchie de tout, tu as finie par te fuir. Et le regard est toujours là, tu essaies de le contourner, de t’en échapper. Malheureux à dire mais tu n’y arrives pas.
C’est ton propre regard que tu fuis.
octobre 1st, 2007
J’aime le métro aérien, pouvoir voir encore ces gens qui bossent dans leur cage à lapin alors que je rentre chez moi.
Elle est entrée. Une matrone au visage sans relief où le palpitant des yeux n’existait plus. Elle avait des cheveux roux dont il était impossible de définir s’ils étaient colorés ou non. Un gamin l’accompagnait ayant les mêmes traits qu’elle. Ils étaient suivis de prêt par une vieille, très vieille marâtre. Un instant je me suis cru dans un conte….
La matrone aux yeux de bœufs s’activait pour mettre son enfant à l’aise… Elle n’était plus que l’usure du temps où il était impossible de dire ce qu’il ne lui était pas passé sur le corps. Son gosse ? Un stérilet oublié. Aussi son vieux avait pris le parti de vérifier chaque soir avant le défilé journalier des hommes venus lui faire une conversation à coup de trique.
Elle l’attendait chaque soir les jambes écartées pour l’inspection traditionnel du doigt et de la queue. Une fois la besogne accomplit, le père retournait se mettre devant sa télé et la mère faisait le portier moyennant finance.
Je les ai laissé avec leurs visages déchus d’espoir pour descendre à notre station. La sylphide n’était pas là. D’ailleurs comment l’aurait elle su ?
septembre 18th, 2007
Nous habitons Gangstapanama. Elle ne sait pas que j’existe moi si. Il suffit d’un souffle pour qu’elle s’envole. Petite chose qui se balade en roulant des hanches, ses bras croisés sur sa poitrine, elle vous torpille de son regard. Je pourrais presque vous chanter qu’elle a les yeux revolver mais elle est mon délire.
Gangstapanama n’est pas une ville faite pour jouer aux pseudo-romantico-latin-lover suédois… Non ici tout chips soda est prohibé, les histoires d’amour sur fond de Lara Fabian vous conduisent tout droit aux famasses et les mercedes qui font benz - benz ont été remplacés par les tanks technicolorisés sur fond de Love Parade.
Bienvenu dans mon Western Spaghettis.
Vous reprendrez bien un peu de bolognaise ?
|
| |
 | |  |
|
|
|